Depuis le premier jour, le projet « sport2gether » est pensé pour réunir, autour de la pratique du hockey, des enfants porteurs de handicap et des enfants valides. Cette réunion « sportive » est elle-même mise au service d’un objectif « humain » : faire percevoir, à travers un vivre ensemble, que le handicap renvoie, certes, à une « différence » mais que cette différence n’est pas un « problème ».

Depuis plusieurs saisons, sous la houlette de Fabian Gillard, Uccle Sport a intégré, à part entière, dans la section de Hockey, la pratique du « Handisport ». Sans bruit, les enfants de Sport2gether se sont mélangés à la vie du club, pour vivre notre sport avec la même intensité que les autres pratiquants.

Fabian qui soutient le projet répond à nos questions

J’ai 43 ans, je suis marié et papa de deux garçons. Juriste de formation, actuellement enseignant.

Mon joueur fétiche est Vincent Vanasch, pas tant pour ses qualités actuelles (meilleur gardien du monde de manière incontestable) mais pour son parcours : C’est en effet quelqu’un qui n’a pas toujours été au sommet. Il a connu des moments vraiment compliqués ; il a failli mettre un terme à sa carrière. Il incarne, à mes yeux, les valeurs de travail, d’abnégation et d’humilité. J’aime beaucoup l’idée que l’on puisse devenir le meilleur après avoir été été le moins bon.

Mes deux fils ont débuté le hockey au Wellington. Mano, porteur de handicap, dans la section hockey together et Eliot dans les équipes d’âge. Par un heureux hasard, Nicolas Dassonville me propose de créer la section handisport au sein de notre club. Un accord est facilement trouvé afin que Mano et d’autres puissent poursuivre leur pratique en famille. Direction Uccle Sport pour une nouvelle aventure !

Pourquoi la pratique mixte ?

Je suis interpelé, depuis des années, par le fait que, sauf hypothèse de la présence d’une personne porteuse de handicap de son entourage proche (famille, amis), un enfant belge vivant en 2021 ne croise jamais la route d’un enfant porteur de handicap ou de déficience.

Or, à partir de ce moment, l’enfant porteur de handicap est une sorte d’étranger, d’individu tellement différent et inaccessible que le fréquenter génère une sorte de mal-être, de malaise, voire d’inquiétude. Notre projet veut briser cet éloignement.

Nous voulons que les enfants apprennent doucement, à leur rythme, dans le cadre d’une activité partagée, à se connaître, à se comprendre, à s’entendre, à partager. Cela n’est possible qu’à travers une pratique mixte… que nous sommes le seul club en Belgique à proposer de manière structurelle.

Combien de joueurs-joueuses sont actifs dans Spor2gether ?

Pour la pratique hebdomadaire du mercredi, nous sommes un groupe de 10-12 joueurs. Cela fait suffisamment de monde pour que les séances restent structurées quand 2 ou 3 enfants sont absents, sans rendre lesdites séances ingérables en raison d’un surnombre.

Pour les stages (à Pâques et en juillet), après avoir débuté avec 12 enfants, le dernier stage a réuni 50 personnes.

Les progrès des enfants sont-ils significatifs ?

Ils sont merveilleusement significatifs… sportivement et humainement.

Sur le plan sportif, j’ai le sentiment que chacun de nos pratiquants développe ses compétences… à son rythme, mais de manière certaine. Parfois, sur le terrain, j’entends une voix d’enfant qui s’élève pour dire (à un autre enfant) « Bravo, tu ne savais pas faire ça avant, et là tu y es arrivé. c’est trop bien ». Un moment de ce genre est un véritable cadeau.

Lorsque des joueurs valides nous rejoignent, ils le font avec des croyances et des représentations (au sens psychologique)… notamment en ce qui concerne la performance. Ils ont le sentiment qu’être performant en hockey signifie réceptionner un flick, faire un dribbles 3D et envoyer un shoot en revers dans la lucarne. Ensuite ils rencontrent des enfants pour qui marcher est compliqué ; pour qui tenir un stick dans le bon sens n’est pas évident ; pour qui savoir dans lequel des deux goals il faut marquer est une vraie question. Ensuite encore ils voient un de ces joueurs se baisser, mettre son stick au sol, faire un stopping de qualité, se redresser, contourner deux cônes, faire un petit dribble 3D au-dessus d’une bôme et faire un push dans le goal. A ce moment, ils prennent conscience de l’excellence de cette performance. Une excellence relative ; mais une excellente réelle. Quand ce moment opère, il ancre quelque chose, qui ne part plus. A mes yeux, c’est un progrès qui n’a pas de prix.

Sur le plan humain, les joueurs moins valides prennent confiance dans le fait de pratiquer avec des valides. Cela leur donne une image positive d’eux-mêmes. Sans compter que cela élargit leur cadre relationnel (il est en effet très fréquent que les enfants porteurs de handicap passent tout leur temps avec les mêmes personnes). Les joueurs valides quant à eux expérimentent la rencontre avec la différence… ils la domestiquent. Ce qui est merveilleux. Parfois aussi, au-delà de la rencontre, de réelles amitiés se tissent… des amitiés qui se vivent sur le terrain mais aussi en dehors. A titre personnel mon fils Mano a ainsi développé une amitié merveilleuse avec Célestine. Ils se voient le mercredi ; ils se voient au stage ; mais ils se voient aussi en dehors de ces moments. C’est très beau à voir.

Quelles difficultés as-tu rencontré pour la mise en place de Sport2gether à Uccle ?

A vrai dire, il n’y a pas eu de difficulté majeure, le Club a toujours soutenu le projet et j’ai rapidement pu compter sur un groupe de joueurs motivés.

Quelques enfants porteurs de handicap, quelques enfants valides désireux, soit de pratiquer le hockey en dehors de toute logique de compétition, soit de compléter leurs pratique traditionnelle par un moment différent. Il y beaucoup de jeunes joueurs du club qui viennent participer à nos séances. Parfois pour pratiquer, parfois pour encadrer la pratique des autres. Ce qui me fascine c’est que cette démarche est spontanée… C’est magique. Et émouvant !

Nous avons toujours eu un terrain disponible. Nos joueurs ont toujours reçu un maillot du club floqué à leur nom (pour qu’ils se sentent, à part entière, joueurs d’Uccle Sport). Nous n’avons pas été relégués sur un morceau de terrain à une heure creuse, loin des regards.

Quels sont les liens entre l’ARBH, la LFH et Uccle Sport ?

Je dirais que les liens sont positifs. La Fédération soutient notre section, comme elle soutient toutes les sections handisport. Je prends pour exemple que nos joueurs ont été invités à plusieurs reprises à prendre part au line-up des Red Lions et des Red Panthers pour des matchs officiels. Dans le même ordre d’idée, les rassemblements autour de l’équipe nationale sont aujourd’hui précédés de matchs des Red Giants, l’équipe nationale handihockey.

Récemment, la LFH et la Ligue Handisport m’ont sollicité pour contribuer à l’élaboration d’un programme de formation des moniteurs para-hockey. Ça a été un immense honneur. Un groupe de travail s’est réuni à Uccle Sport, pendant notre stage de juillet, et l’élaboration de ce programme a débuté. L’expérience s’est révélée très enrichissante… au point que c’est à Uccle Sport qu’auront probablement lieu, à l’avenir, les stages de formation des moniteurs para-hockey. Ce sera le cas en juillet, pendant notre stage : nous accueillerons des candidats entraîneurs en para-hockey. Notre stage leur donner la possibilité de se former en situation réelle.

Quels sont les améliorations structurelles attendues ?

Deux évolutions importantes doivent être réalisées dans les mois et années à venir.

D’une part, je veux dépersonnaliser le projet. J’entends par là que je vais veiller à ce que le projet sport2gether soit moins assimilé à ma personne. Cela doit rester un projet du club, il doit devenir structurel. Je vais donc veiller à donner de plus en plus de place aux moniteurs qui m’aident, à les mettre plus en lien avec les parents, à les intégrer à la réflexion sur la vie du projet. C’est important.

D’autre part, il est essentiel de ne pas limiter le projet sport2gether au hockey. Uccle Sport c’est, certes, le hockey, mais c’est aussi le tennis et le padel. Une des priorités pour l’avenir consiste donc à implémenter la logique de mixité dans les sections tennis et padel.